Rechercher
  • Vicky Brougiannaki

Pourquoi accueillir les émotions des enfants ne donne pas les résultats attendus


Accueillir les émotions des enfants est LA compétence du parent "positif". Lors de mes consultations en coaching parental et de mes ateliers, le travail autour de l'accueil des émotions est primordial. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de situation où il est superflu d'écouter l'émotion d'un enfant et parce qu'on ne sait pas faire. Ni avec les enfants ni avec les adultes. Alors à chaque fois je prends le temps de décortiquer les situations problématiques rapportées par les parents et d'enseigner cette compétence en regardant de plus près les émotions que peut vivre l'enfant. Les visages s'éclairent, c'est limpide, simple. Et pourtant, la fois suivante, nombreux sont ceux qui me disent avoir accueilli l'émotion de l'enfant "mais ça ne marche pas votre truc" ! Au début ça m'interrogeait mais il y a longtemps que j'ai compris ce qui se passe :D - Racontez-moi comment vous avez réagi, dites-moi exactement ce que vous avez dit ou fait.

- Je lui ai dit que j'entendais sa colère mais qu'on n'avait pas le choix, il fallait partir.


- Je lui ai dit "je vois que tu es frustrée mais nous n'avons pas le droit de jeter les affaires dans cette maison".


- Je lui ai dit "tu as le droit d'être en colère mais je ne veux pas que tu cries dans le salon, ça me casse les oreilles, tu peux aller dans ta chambre et revenir quand tu seras calmé".


- Je lui ai dit "je vois que tu as peur mais quand tu l'auras fait tu seras fier".


- Je lui ai dit qu'elle a dû se sentir humiliée par la remarque de son professeur et je lui ai demandé si elle ne l'avait pas un peu cherché.


etc, etc...


Si bien que mon oreille a développé la capacité à entendre le "mais" avant même qu'il soit prononcé. Jusqu'à présent ça n'a jamais raté ! Car, si vous ne l'avez pas encore compris, le problème dans toutes ses phrases est le mais ! A chaque fois que l'on me dit qu'accueillir l'émotion de l'enfant n'a fait aucun effet c'est parce qu'il y avait ce foutu mais...


Faisons juste une petite parenthèse sur l'effet qu'est censé faire le fait d'accueillir les émotions d'un enfant, parce que j'ai choisi un titre bien racoleur et je ne voudrais pas qu'il y ait de malentendu : accueillir l'émotion d'un enfant permet [de se rapprocher de lui, de préserver son empathie et celle de l'enfant, de solidifier la sécurité intérieure et l'estime de soi de l'enfant...] de l'aider à traverser son état émotionnel et/ou les difficultés liées à cet état et de l'apaiser. Ce n'est pas à proprement parler un outil de parentalité positive mais la base même de la communication non violente.



Quel est le problème avec le mais ? En réalité il y en a plusieurs.


  1. Le premier problème que pose le mais c'est qu'il trahit votre véritable état et votre véritable intention. Si l'on relit toutes ces phrases, on peut se rendre compte très facilement que les émotions ne sont pas accueillies, elles sont tout au plus nommées un très bref instant. Bien sûr nommer l'émotion fait partie du processus (et concernant les enfants cela me semble indispensable), mais ça n'est pas le processus entier. Accueillir l'émotion d'un enfant demande de la disponibilité émotionnelle pour donner de l'empathie et c'est un acte de parentage, de communication, de soin à part entière. Cela signifie que lorsque vous voulez accueillir l'émotion de votre enfant, votre but ne doit pas être autre que celui-ci. Si votre but est de faire cesser la crise au plus vite, si vous êtes dans un souci d'efficacité, vous allez probablement faire une phrase comme ci-dessus. C'est pourquoi je disais que ça traduit votre véritable intention. Je me souviens d'un papa qui m'avait appelée en étant bouleversé par la crise matinale de son fils. Comme tous les matins, le garçon refusait de mettre ses chaussures pour partir à l'école. Le papa m'a dit avoir accueilli l'émotion de son fils mais rien n'y faisait. Je lui ai demandé quels étaient son état interne et son objectif. Il m'a dit qu'il en avait marre et qu'il voulait que le petit mette ses chaussures et parte pour l'école. Vous comprenez aisément que ça ne peut pas fonctionner ! On ne peut pas accueillir l'émotion d'un enfant quand on est soi-même dans un état émotionnel chargé, c'est impossible. Et on ne peut pas accueillir l'émotion d'un enfant si notre but est de la faire passer au plus vite.

  2. Le deuxième problème avec le mais c'est qu'il écrase ce qu'il y a avant, en amenant à chaque fois une fin de phrase désagréable : sermonnage, réprimande, injonction, questions, obligation etc. En schématisant un peu ça donne : j'entends bien que tu n'es pas contente mais ce sera comme ça. Je me demande si ça n'est pas pire finalement quelqu'un qui me contraint en comprenant le sens de mes protestations que quelqu'un qui me contraint sans avoir conscience de mon désaccord !

  3. Le troisième problème du mais c'est qu'il s'adresse à la partie logique du cerveau et qu'il requiert des capacités de réflexion. Or, lorsque nous vivons une émotion forte- et a fortiori les enfants - ces capacités-là ne sont pas (ou presque pas) opérationnelles. Si vous voulez expliquer à votre enfant pourquoi vous êtes pressé ou pourquoi il est obligé d'aller l'école, vous devez le faire lorsque son cerveau n'est pas occupé à gérer une émotion. Ce n'est pas au moment de la crise que nos explications font mouche. Donc concrètement ce qui se passe c'est que pensant que ni l'accueil des émotions, ni les explications ne fonctionnent, il ne vous reste d'autre choix que la méthode musclée. Mais... comme nous venons de le voir, en réalité il n'y a eu ni accueil des émotions, ni même explications.


Pourquoi faisons-nous des phrases en deux parties comme ça ? Pourquoi est-ce que nous ne pouvons pas nous empêcher de clore avec le mais ? En réalité, je pense, que la vraie phrase est celle qui vient après le mais, sur laquelle on insère un brin de parentalité positive ! Autre explication : nous pouvons avoir l'impression de ne pas avoir fait notre boulot de parent si on ne recadre pas l'enfant, tellement on considère que le seul rapport valable à entretenir avec nos enfants consiste à leur expliquer ce qu'ils peuvent et ce qu'ils ne peuvent pas faire. Bien sûr notre rôle auprès de nos enfants ne s'arrête pas (ni ne commence d'ailleurs) à la partie purement éducative. Bien sûr que vous faites votre travail de parent lorsque vous vous occupez des émotions de vos enfants, et ça pour le coup personne d'autre ne le fera à votre place, contrairement à toutes les autres règles que tous les adultes bien intentionnés s'évertuent à répéter à vos enfants... Personne ne prendra le temps de faire de la place dans son coeur pour accueillir la peine, la colère, la peur de votre enfant. Personne ne prendra le temps de nommer les émotions et de les valider,de lui dire "voilà ce que tu ressens, je le sais parce que je suis un être humain comme toi, ce n'est ni bien ni mal, c'est ce que tu ressens".


Ce n'est pas un exercice facile, j'en ai conscience. C'est même terriblement difficile de dire "oui ça fait mal les piqures, je comprends que tu aies peur, et puis c'est vraiment injuste que tu doives en faire souvent"... parce que nous avons besoin d'être rassurés nous-mêmes. Parce que les peines de nos enfants nous touchent parfois tellement qu'on n'arrive pas à faire mieux qu'une petite phrase avec un grand mais.


Mais c'est un début ;) Et maintenant vous n'avez pas d'excuse, vous connaissez le secret pour accueillir les émotions de vos enfants avec empathie : disponibilité émotionnelle et pas de mais ! (J'en profite pour dire que les "je vois" et "j'entends" que je vois et entends ne sont vraiment pas nécessaires ! )

474 vues

Happinest

34 chemin du Val Fleuri

06800 Cagnes sur mer

06 83 82 98 87 

  • facebook

© 2017 Vicky Brougiannaki Proudly created with Wix.com