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  • Vicky Brougiannaki

La prévention des abus sexuels chez les enfants


Une amie a demandé mon avis sur le livret de Bayard Jeunesse Stop aux Violences sexuelles faites aux enfants que vous pouvez consulter via le site de l'éditeur ici. Le P'tit Libé de ce mois-ci est consacré au même sujet pour la même tranche d'âge : les enfants de 7 à 12 ans. Le livret de Bayard bénéficie du soutien et de l'autorité d'un sacré paquet d'institutions, associations et autres acteurs oeuvrant pour la protection de l'enfance:


On lit également que "Les textes et les images ont été spécifiquement conçus pour les enfants, avec la relecture attentive de professionnels qui recueillent quotidiennement la parole d’enfants victimes et les accompagnent dans leurs parcours souvent difficiles."


Quand au P'tit Libé [il] "a été relu par Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne spécialisée dans l'enfance et l'adolescence, Muriel Salmona, psychiatre, et Marie-Laure Gamet, médecin-sexologue à la maison des adolescents du CHRU de Lille." Autant dire que nous avons là toutes les garanties nécessaires pour faire ce que nous disent les experts, car le mal a trop duré et maintenant nous devons protéger nos enfants... en les responsabilisant!

Oui le mal a trop duré, oui nous devons protéger nos enfants mais pas comme ça !

Je reprends le paragraphe d'introduction de Bayard pour l'étendue du problème :

"Selon le dernier rapport de l’ONPE (Observatoire National de la Protection de l’Enfance), les forces de sécurité ont enregistré 19 700 plaintes de mineurs victimes de violences sexuelles, dont 7 000 viols. Cela concerne tous les milieux sociaux. 78 % des victimes ayant porté plainte sont des filles. 80 % des violences sexuelles faites aux moins de 10 ans sont commises par des proches, et 3 fois sur 10 dans la sphère familiale. Mais beaucoup d’enfants ont peur et se taisent. Seuls 10 % des faits de violence sexuelle sur mineurs font l’objet d’une plainte. Il y aurait en réalité, chaque année, 200 000 mineurs victimes de violences sexuelles. * Sources : Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), Ined (enquête Virage 2017) et Miprof."


Il est extrêmement difficile (voire impossible) d'avoir des chiffres fiables sur ce fléau : entre la honte de dire, l'état de choc post-traumatique, le peu de crédit accordé aux enfants, la culture du silence, la peur, la culpabilité... peu d'abus voient le jour finalement. Selon une étude du SNATED (c'est le 119) en 2001 (oui c'est vieux mais ne vous rassurez surtout pas!) 72% des auteurs de violences sexuelles sur mineurs signalées sont des personnes de la famille (et non pas 30% comme dit plus haut). En voici la répartition :

  • 32,3% par les pères

  • 9,5% par les beaux-pères et concubins

  • 6,1% par les grands-parents

  • 4,3% par les frères et sœurs

  • 2,8% par les mères

  • 0,4% par les belles-mères et concubines

  • 11,2% par les autres membres de la famille

  • (4,6% par les amis de la famille)

En fait on peut trouver des tas de chiffres, tous vrais par ailleurs, qui sont difficiles à croiser pour présenter des statistiques simples. Quoi qu'il en soit il est nécessaire de garder en tête que les abus sexuels sur mineur sont extrêmement fréquents, que l'agresseur est souvent une personne proche de l'enfant et que le phénomène est largement sous-estimé. Personne n'est à l'abri, dans la mesure où aucune statistique ne met en évidence une prédisposition de milieu ou d'autre critère.


Alors oui, il est urgent d'agir.


Quel est le problème avec ce que proposent ces deux livrets ?

La tranche d'âge. Il me semble que beaucoup d'enfants avant 10 ans ne savent pas ce qu'est la sexualité. Si beaucoup d'entre eux savent "comment on fait un bébé", peu sont au courant de la notion de plaisir qui y est associé. A partir de là il est impossible d'aborder des sujets tels que "agression sexuelle", "pédophilie", "inceste". Pas de méprise : je ne dis pas qu'il ne faut pas parler à un jeune enfant de plaisir ou de sexualité. Je dis que c'est l'enfant qui mène la danse, que nous, parents, nous répondons à ses questions à la hauteur de ses capacités de compréhension et de ses besoins. Souvent la question de la procréation arrive entre 2 et 3 ans. D'ici à ce qu'on parle de pénétration à l'enfant, plusieurs années se seront écoulées et plusieurs étapes, détails et éclairages auront complété l'explication de la petite graine. C'est de ça qu'il s'agit. L'enfant qui manifeste une curiosité ou un éveil précoce à ce sujet, il a le droit bien entendu d'être renseigné, à la hauteur de ses moyens toujours . (Attention tout de même, une curiosité sexuelle excessive/précoce est souvent répertoriée comme un symptôme d'abus sexuel)


Tout ce que proposent ces deux livrets est possible à partir du moment où l'enfant est au clair avec la notion de sexualité-plaisir et de l'attirance sexuelle , peu importe l'âge, mais souvent ce n'est pas avant le début de la puberté (la puberté étant le processus de transformations physiques qui marque le début de l'adolescence). D'ailleurs si on pouvait parler de "sexe", "d'organes génitaux" ou de "penis et vulve" plutôt que de "zizi et zézette"...


Quelle prévention est adaptée et efficace avant de pouvoir parler de sexualité?

Comme pour d'autres malheurs qu'on veut éviter à nos enfants (le harcèlement par exemple), on a tort de croire qu'il s'agit d'une prévention isolée et uniquement spécifique au problème.



1. Je permets à mon enfant de me dire NON quand il n'est pas d'accord, même si cela m'embête, même si j'ai l'impression que cela remet en cause mon autorité. Ainsi je lui apprends qu'il a le droit de ne pas être d'accord, qu'il a le droit de l'exprimer et que ce NON à droit au respect.


2. J'accorde du crédit à ses dires. Je ne traite pas mon enfant de menteur, je ne pense pas qu'il est systématiquement en tort, j'écoute et je mesure ce qu'il a à me dire. Si je m'aperçois qu'il est volontairement dans une attitude de tromperie, j'essaye de comprendre ce qui ne va pas.


3. Je ne le traite pas de balance ! Ah la France avec son tabou de la délation... Grace à cette culture de l'après-guerre, selon laquelle il ne faut pas "dénoncer" autrui, on a du mal à prendre son téléphone pour signaler les violences domestiques dont on a connaissance dans l'appartement d'à côté... Grâce à cette culture aussi, dès qu'un petit vient nous voir pour nous raconter ce qu'a fait ou dit son frère, sa cousine, son copain on lui montre tout notre mépris en lui intimant qu'on balance pas ! Comment voulez-vous qu'il puisse faire par la suite la part des choses ? Comment voulez-vous qu'il puisse se sentir libre de dire qu'on l'a agressé, qu'on l'a harcelé, qu'on lui a fait du tort ? Quand depuis tout petit on lui a appris que dire ce qui lui pose problème, ce qui lui parait injuste, ce qui le blesse, ce qui le met en colère, en fait c'est une mauvaise chose, inaudible et digne de mépris pour l'adulte ? Alors non, je ne le traite pas de balance, je recueille sa parole et j'accueille son émotion. S'il vient me voir ce n'est pas pour rien !


4. Je ne le force pas à faire des bisous à ma grand-mère, à ma meilleure amie qui le trouve si mignon, à son oncle, je ne lui demande pas de faire la bise aux invités, je ne le force pas à me câliner. De même je le protège des effusions de bisous et autres... tendresses non désirées que j'aurais vécues moi-même comme des agressions. Sinon je ne peux pas lui expliquer et lui apprendre le consentement. Je ne peux pas lui dire d'un côté que son corps lui appartient et que personne n'a le droit de le forcer à des rapports physiques, tout en me fâchant parce qu'il ne veut pas faire des bisous. Nous devons absolument rester cohérents, non pas par souci de perfection mais parce que sinon nous ne pourrons pas faire acte de prévention, tout simplement.


5. Je lui permets de connaitre ses sensations physiques. En clair : je ne le force pas à mettre un manteau parce que j'ai froid ou à mettre un débardeur parce que j'ai chaud. L'enfant sait mieux que moi ce qu'il ressent et je ne dois pas interférer avec son thermostat. Idem pour la douleur : je ne minimise ni ne dramatise, c'est l'enfant qui sait ce qu'il ressent. Je peux l'aider à l'exprimer, à relativiser, à apaiser mais je ne sais pas à sa place si une blessure fait très mal ou rien du tout. Ainsi j'apprends à mon enfant à être maitre de son corps et de ses sensations, ce sera beaucoup plus facile pour lui de savoir si un contact lui est agréable ou pas.


6. Je ne le force pas à goûter un aliment. Je vais être brève et je ne vous ferai pas de dessin : la bouche est l'endroit le plus intime de notre corps. Personne n'a le droit de nous forcer à y introduire quoi que ce soit.


Maintenant que j'ai mis les bases pour que mon enfant se sente respecté et respectable dans ses choix et sensations, maintenant qu'il sait qu'il peut s'exprimer, me parler de ses problèmes et trouver une alliée en ma personne, maintenant qu'il a confiance en ses ressentis et qu'il se sait maitre de son corps, je peux faire de la prévention spécifique.

Tant que l'explication et la compréhension de tous les tenants et aboutissants n'est pas possible, j'énonce des règles et je renseigne sur la loi. Bien sûr vous pouvez être plus polis et moins secs que moi !


7. Aucun adulte n'a le droit de toucher tes parties génitales, de te demander de toucher les siennes, de te demander de les lui montrer ou de te montrer les siennes, c'est interdit et puni par la loi. Il y a la vidéo ci-dessous qui me plait beaucoup à ce sujet. Il s'agit d'enseigner "la règle du sous-vêtement", selon laquelle je peux permettre qu'on me touche (si ça ne me dérange pas) aux endroits qui ne sont pas couverts par un sous-vêtement. Je sais qu'en France on n'aime pas trop ça non plus, mais peut-être qu'on devrait culotter nos enfants un peu plus souvent...



8. Aucun adulte n'a le droit de te demander de garder un secret, sauf si c'est un secret qui rend heureux. Les secrets qui te pèsent, qui te rendent triste ou qui te font peur tu ne dois pas les garder, on n'a pas le droit de te demander ça.


9. Tu ne suis jamais un adulte qui te l'a demandé sans en informer tes parents au préalable. S'il insiste tu cries très fort.


Et enfin...


10. Je protège mon enfant en toutes circonstances ! Je ne le confie pas à n'importe qui, je ne laisse pas libre accès à internet, si l'enfant commence à utiliser internet il le fait depuis l'ordinateur familial qui est placé à un endroit où l'on peut surveiller. Je fais attention quand je l'amène au sport, à la musique, quand je le confie à un entraineur ou un professeur (on peut également mettre au féminin mais c'est beaucoup plus rare) et à la moindre réticence de l'enfant d'y retourner j'investigue. Je fais confiance à mon enfant quand il exprime un malaise, un refus de voir quelqu'un, je ne pense pas qu'il fait du cinéma. J'évite d'être parano mais je me rappelle que personne n'est à l'abri et qu'il vaut mieux prévenir que guérir.






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